Lundi 14 mai 2007
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Claire Guezengar
invitée de Laurent Goumarre dans l'émission Minuit/Dix sur France Culture que vous pouvez entendre ici.

(Voir également la page myspace de Minuit/Dix)










Vient de paraître : revue IF consacrée à Hélène Bessette.

Pascale Casanova parle d'Hélène Bessette dans son Mardi Littéraire du 19 juin, de 10 à 11 heures, avec Omar Berrada, Xavier Person & Laure Limongi. Lectures d'extraits de maternA par Julien Lacroix.
Informations ici.





















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Samedi 23 juin à 19 h, Jérôme Gontier
invité à "La nuit remue 2", entrée libre sur réservation ici.
Théâtre Ouvert
4 bis cité Véron (au fond de l'impasse)
75018 Paris
Métros : Blanche, Place de Clichy









































Toutes les informations concernant laureli sur le site des Éditions Léo Scheer :
des extensions vidéo des livres (lectures, entretiens, présentations...) ;
la rentrée littéraire, en avant première.










>>
Vient de paraître en librairie (mai 2007) :





maternA d'Hélène Bessette













Ouestern de Claire Guezengar










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Dimanche 13 mai 2007




SERVILES SERVANTS




Tarik Noui



roman





En librairie le 24 août 2007



Serviles servants est une puissante allégorie de notre monde de guerres, repu d’informations et d’images.







De même que Francis Ford Coppola avait transposé le roman de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, dans Apocalypse Now, déplaçant l’action dans la guerre du Vietnam et réalisant l’un de ses films mythiques, Tarik Noui, avec Serviles servants, déplace l’histoire d’Apocalypse Now et recrée ses personnages dans le cadre d’une fiction ancrée dans notre époque. À son tour, il crée la parabole fascinante d’une histoire dont nous sommes les éternels « serviles servants » : un monde de spectacle violent.


Mars 2003. La guerre en Irak occupe tous les écrans. Brando est une masse surhumaine, monstrueuse, qui ingurgite toutes les informations, toutes les fictions retransmises par la télévision dans une omniscience tragique et lucide. Un tas de graisse sublime et repoussant, relié à des machines, corps inerte en expansion dont le seul mouvement réside dans les pupilles se déplaçant d’images en images. Comme le Colonel Kurz d’Apocalyse Now, Brando (le personnage éponyme de Tarik Noui) est entouré d’une bande dévouée à sa cause et à sa protection. La plus fidèle, l’énigmatique Nunca Velàsquez, quasi fantôme, beauté malade, va, à sa demande, trouver un acteur de seconde zone dans le quartier des grands drogués pour lui demander d’incarner le rôle de Willard. Celui dont la mission est d’éliminer Brando, devenu incontrôlable et dont la folie frôle l’accession au divin. À travers le prisme de la drogue, Willard, qui ne se souvient même plus de son vrai nom (à supposer qu’il en ait un) se retrouve entraîné dans cette incroyable histoire d’agonie qui est aussi, pour lui, acceptation de son destin. Celui du bourreau qui n’est qu’instrument, révélateur de l’horreur de la guerre. Et qui n’en reste pas moins tragiquement humain.

En incarnant librement les personnages d’Apocalypse Now, Tarik Noui crée un roman percutant. Il plonge le lecteur dans un intermonde entre fiction et réalité, agissant comme un prisme critique et complexe de notre histoire. Nul n’est épargné. Mais la beauté réside aussi, dans les flammes qui détruisent.




TARIK NOUI
est né en 1973, il vit entre Avignon et Nancy. Serviles Servants est son quatrième livre après La Cruauté (Louis Talmart, 2000), La Désolation des singes, (PARC., 2003) et La Treille des négriers (Melville/Léo Scheer, 2006).














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Samedi 12 mai 2007


Continuez



Jérôme Gontier


roman



En librairie le 10 septembre 2007



Roman de l’analyse et analyse du roman.
Un homme, à un moment charnière de sa vie, écrit l’analyse qu’il poursuit.
Introspection mais aussi observation minutieuse de tout ce qui l’entoure.


   
Un homme quitte deux fois par semaine son domicile pour se rendre chez son analyste. La séance se déroule puis il rentre chez lui. Rien que d’assez commun, en somme. Oui, mais avez-vous songé à analyser chaque mouvement, chaque action, chaque sentiment, chaque détail entourant ce rituel d’analyse ? Imaginez-vous la langue de celui qui vit cette expérience, entre monologue intérieur plein d’autodérision et description minutieuse d’un réel transformé par l’attente et la tension de l’observation du moi ?


    Autoportrait, roman de l’infime dans lequel chaque micro-action a valeur d’épopée, Continuez est un texte miroir reflétant le moi de chaque lecteur. Les expériences, les introspections, les doutes, les menues joies, les angoisses font écho, dans une « sympathie » universelle qui a à voir avec les topoï littéraires : tragédies, romans d’initiation. Il construit également une figure de l’analyste passionnante, à la fois humaine et fabriquée de toutes pièces par les fantasmes de l’écrivain.

    C’est ce que fait Jérôme Gontier dans ce roman avec beaucoup d’humour mais surtout à travers une écriture captivante, unique. Une écriture rythmée et mesurée, jouant des niveaux de langue, des références, se jouant de celui même qui l’écrit.







JÉRÔME GONTIER
est né en 1970. Il vit et travaille à Rennes. Continuez est son deuxième livre, après (ergo sum) (éditions al dante, 2002). Il a également publié de nombreux textes en revues.


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Vendredi 11 mai 2007
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Corbière le crevant


Emmanuel Tugny

roman


En librairie le 17 octobre 2007







Tristan Corbière, le célèbre auteur des Amours jaunes, l’un des poètes ayant inventé notre modernité poétique, son irrévérence, son ironie devient ici un personnage de roman.


   



L’auteur écrit la vie de Tristan Corbière en en faisant un vrai personnage de roman. Investissant cette figure mystérieuse de la littérature française ayant multiplié mystifications et masques, il mène une enquête passionnante sur ce personnage attachant, à la fois très sérieuse (les fondations scientifiques de l’affaire sont précises) et dérivant vers une amplification romanesque. Dans la lignée de Rimbaud le fils, de Pierre Michon, Emmanuel Tugny réinvente son Tristan Corbière, fusionnant avec le personnage pour mieux s’interroger sur l’aventure de l’écriture et mettre à distance le pathos, non sans émotion.


    Ponctuellement, apparaissent des extrais de textes du célèbre auteur, comme autant de refrains, de pauses pour mieux sauter dans le récit. On suit avec passion la vie tragique d’un fils qui écrit après son père, inventant de nouvelles formes littéraires pour dire son ironie et son désespoir joyeux. Le roman traite dont de la question de la descendance et de l’héritage esthétique fourni par ses parents. Un fils d’écrivain peut-il écrire ? En ce cas, qu’écrit-il ? Et en définitive : qu’est-ce qui pousse à écrire ?

    Ce roman est aussi une fable : à travers l'exemple de Tristan, c'est l'idée renaissante d'une existence théâtre, costume, farce, l'idée de la comédie du monde qui est traitée ici. La vie humaine est un déguisement précaire emprunté par la matière puis rendu. L'homme est matière temporairement grimée en homme et dansant sur des tréteaux fragiles.

    Corbière le crevant invente une langue jubilatoire qui outrepasse les niveaux de langue. L’auteur connaît bien ses classiques mais aussi le langage de la rue. L’invention verbale est vertigineuse. Une langue à la fois précieuse et populaire, une langue qui travaille à la verticale dans une espèce de varappe savante et gouailleuse.





Emmanuel Tugny
est né en 1968 et vit entre le Brésil et la France. Docteur en littérature, il est écrivain, musicien, diplomate et auteur de chansons.
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Vendredi 4 mai 2007
maternA d'Hélène Bessette


En librairie le 4 mai 2007

9782756100791, 16 euros



maternA est l’un des chef-d’œuvres d’Hélène Bessette, conciliant efficacité du récit et innovation formelle.
Le résultat est un roman sur la cruauté des rapports sociaux,
écrit avec humour et audace.




    maternA avec un « A » capital final car « le A est l’enfance de la vie » écrit l’auteur. Ainsi toutes les héroïnes – il n’y a que des femmes dans cette histoire – portent des noms se terminant en A. Ce détail poétique au sein d’un roman de trame classique symbolise le style d’Hélène Bessette : il interroge la curiosité du lecteur sans troubler ses repères et en exacerbant le plaisir de la lecture.

    Toutes ces femmes, BrittA, GrittA, DjeminA, MonA… travaillent dans une école maternelle. Enfermées, comme emprisonnées dans ce haut lieu de l’éducation, souvent honteuses de déprécier ce métier tant estimé, féminin par excellence (dans le contexte des années 50), leurs rivalités et leurs névroses apparaissent – en même temps que les motifs sous-jacents de leurs actions, leurs stratégies de survie quotidienne – d’un comique désespérée.

    Ainsi découvre-t-on la passion quasi amoureuse de l’une des institutrices pour la directrice, une femme haute en couleurs exaltée par sa mission, tandis qu’une nouvelle venue, ne correspondant pas au moule de ses collègues, se voit publiquement mépriser jusqu’à l’humiliation, ce qui menace à la fois sa carrière et sa vie sentimentale. L’une des intrigues est focalisée sur ce personnage à part, détonnant dans le paysage consensuel, miroir de l’auteur. Parviendra-t-elle à échapper aux griffes de ses collègues aigries, jalouses, ou sera-t-elle broyée par le système ?

    Ce roman, publié pour la première fois en 1954, n’avait jamais été réédité alors qu’il avait élé célébré par la critique – comme en a par ailleurs témoigné la récente publication du Bonheur de la nuit. Les quelques détails d’époque qui donnent, par petites touches, de jolies couleurs rétro à maternA n’en font pas moins une œuvre intemporelle d’Hélène Bessette dont l’art saisit au vif les tourments du cœur humain avec un humour cruel.



HÉLÈNE BESSETTE
(1918-2000) est un écrivain majeur, ayant publié douze romans aux Éditions Gallimard. Soutenue à l’époque par les plus grands noms de l’art et de la littérature française, deux de ses livres ont été inscrits sur les listes du Goncourt (où elle reçut des voix) et du Femina. Oubli inexpliquable de notre histoire littéraire, Hélène Bessette bénéficie depuis la publication du Bonheur de la nuit (laureli-léoscheer, septembre 2006) d’un vif engouement.
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Vendredi 4 mai 2007
OUESTERN de CLAIRE GUEZENGAR


Premier roman, en librairie le 4 mai 2007

9782-756100845, 15 euros



Quand l’Ouest américain des westerns rencontre l’Ouest français des familles…
ça donne une drôle d’histoire de règlement de compte façon OK Corral, à la fois irrévérencieuse & universelle… et surtout irrésistible.



    Comme vous – sans doute – la narratrice a une famille. Comme dans la vôtre – sans doute – dans cette famille il y a des histoires de famille. Elle a donc choisi de la raconter sous forme de western avec de l’action, des méchants, des gentils, un vol de territoire, un pacte non-respecté.

    Une maison en Bretagne au bord de la mer, lieu de réunion symbolique d’une famille dans laquelle les femmes dominent. La grand-mère prépare sa succession et, ainsi que cela se pratique depuis des générations, décide de léguer la maison à son aînée, la tante de la narratrice. Celle-ci et sa famille sont ainsi chassées d’un lieu qu’elles aiment. Mais si la mère accepte en silence l’humiliation pour tenter d’éviter le conflit familial, la narratrice vit cet exil avec violence et ne tait pas sa révolte, bien au contraire. Elle brise les conventions avec éclat, dans ce texte d’une irrévérence très drôle, d’un mouvement libérateur et jubilatoire qui se transmet au lecteur sans aucune règle de succession.
En miroir de cette histoire, ponctuant le récit, un western en costumes et décors Far West apporte des échos vengeurs, le souffle électrique et loufoque des règlements de compte primaires. Ses personnages, deux cow-boys  de pacotille essaient par tous les moyens d’interpréter le récit et finissent par se confondre peu à peu avec les personnages du roman.

    Ouestern est une histoire mais aussi l’histoire de tout le monde : celle des héritages et des spoliations, des lieux d’enfance que l’on perd avec rage, des rivalités familiales, des drames de succession, de la révolte des enfants désarmés. Dans ce récit au rythme enlevé, Claire Guezengar invente la langue de la colère et de la révolte. La vengeance est un plat qui s’écrit sans fausse pudeur ni modération. Dans la chaleur magnétique d’un western. Et surtout avec beaucoup d’humour.





CLAIRE GUEZENGAR
est née en 1972 à Lesneven (29). Elle vit à Paris et enseigne à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles. Elle travaille régulièrement avec des artistes depuis plusieurs années comme critique d’art et commissaire d’expositions. Publications récentes : « La Blonde Ministérielle », revue Métronome N°9 ; « Arrangements, préparatifs : avant-projet provisoirement définitif », Catalogue Olivier Nottellet, Éditions Analogues.

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Vendredi 26 janvier 2007
Sinon
Béatrice Cussol

> En librairie le 26 janvier 2007


Quand Sally rencontre Sally…
Un roman d’amour à la fois sensuel et onirique, entre filles.

    Une serveuse drague des filles entre deux services. Une cow-girl est bien trop sexie et hardie. Une mère s’inquiète pour la santé de son enfant à naître. Diane est trop blonde, sort trop tard le soir. L’auto-stoppeuse hésite. Lola la poule est une sale gosse qui vénère ses chaussures. Et Béatrix écrit les amours de sa vie en ne sachant jamais trop quoi penser de son corps que son regard déforme…

    Dans ce roman au charme fascinant, Béatrice Cussol entrecroise les histoires d’icônes féminines, héroïnes ou anti-héroïnes désirantes, excessives, à travers le prisme d’une langue ciselée, d’un baroque délicat. On entre dans un rêve où le désir règne en maître, où la réalité se confond avec les fictions collectives. Ainsi, les deux héroïnes de Mulholland Drive de David Lynch apparaissent-elles avec leur énigme et leur passion, tout comme un couple de meurtrières tragiquement célèbre : Pauline Parker & Juliet Holmes (ayant été adapté au cinéma par Peter Jackon sous le titre Créatures célestes). Des ambiances cinématographiques intenses et feutrées, en réminiscences obsédantes. On distingue aussi la silhouette de Marilyn Monroe ainsi que les tribulations drôlement incarnées des Vixens de Russ Meyer… La femme, fille, mère, amante, rencontre, souvenir, est un corps rempli d’affects, lancé dans le monde en quête d’aventures dont elle est tour à tour maîtresse ou victime. Avec tendresse et cruauté, l’auteure manipule ses personnages-marionettes, nous faisant découvrir leur intériorité comme une petite fille déshabillerait ses poupées, avec un sourire angélique et sadique.

    Faisant appel à l’imaginaire du lecteur, le sollicitant à travers une esthétique qui n’appartient qu’à elle, Béatrice Cussol crée un roman magnétique. Chaque phrase y constitue un univers à part entière, multipliant les bifurcations narratives, dans la tradition d’un Borges. Transgenre et agénérique, ce roman est avant tout un rêve littéraire à explorer sans retenue.



BEATRICE CUSSOL
est née en 1970 à Toulouse. Après avoir étudié à l’École des Beaux-Arts de Nice, elle vit et travaille à présent à Paris, en donnant des cours à l’École des Beaux-Arts de Rouen. Sinon est son troisième roman après Merci (Balland, 2000) et Pompon (Balland, 2001). Un autre livre paru en novembre 2006, Je hais les dormeurs de Violette Leduc avec des dessins de Béatrice Cussol (Éditions du chemin de fer). Artiste, elle exposera en 2007 à Nice (Mamac) et New York (Brooklyn Museum, Envoy Gallery).
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Vendredi 5 janvier 2007
Une longue forme complètement rouge
Bastien Gallet


> En librairie le 5 janvier 2007

Le fils lit des mots devant la mère qui meurt. Le fils fait la guerre dans son char Renault R-35. Le fils saute du toit et meurt. La mère pas encore morte sort de son corps pour se voir mourir. La mère pas encore morte hurle dans son corps. Les mots que le fils lit creusent la mère de l’intérieur. Le grand-père déboule l’escalier en tournant sur lui-même. Le grand-père balance des obus avec son corps de métal. La grand-mère regarde le corps qui n’est pas là sur le lit blanc. La grand-mère voit des hommes rouges et bleus fleur au fusil partir crever dans les tranchées. Le char Renault laboure la Champagne crayeuse décor de la bataille. Le 10ème Bataillon de Chars de Combat fonce vers la Neuville-en-Tourne-à-Fuy. Le fils se défenestre et meurt. La mère pas encore morte suce les pensées des visiteurs. La grand-mère grimpe et dévale les escaliers à la recherche du gisant. Le grand-père couvert de métal est étendu dans le champ sous le ciel. Ils crient. Ils jouissent. Ils attendent que la mort vienne.

    Un jeune homme est confronté au coma irréversible de sa mère, puis à la mort subite de son grand-père, qui, dans sa jeunesse, avait réchappé de la guerre, en y laissant son bras droit. Ces deux deuils successifs qui bouleversent sa vie lui donnent voix pour reconstruire l’histoire familiale, bribes par bribes, avec tendresse et délicatesse :

    Le château familial, qui porte tous les stigmates de l’histoire, des révolutions successives. Un château prêt à s’enfoncer dans un sol argileux et à y enterrer ses secrets. La rencontre de ses grands-parents pendant la guerre de 14. Son grand-père, conducteur de char, avait été mutilé, soigné dans un hôpital où il rencontra sa future femme, infirmière. Leur histoire d’amour se tisse au milieu d’une guerre absurde dont le texte fait écho, narrant des batailles, citant Salammbô de Gustave Flaubert, en refrain obsédant.

    Ce roman familial fait écho à nos propres deuils, à nos propres douleurs, à travers une esthétisation précieuse. Il fait résonner la sensibilité sans pathos ni excès, laissant l’écriture apparaître au moment du manque pour mieux célébrer la mémoire, l’enfance.

    Avec une langue d’un baroque minimal, Bastien Gallet interroge les sentiments, lève le voile d’une histoire d’amour et de mort symbolisant la vie même. Dans ce roman, les existences apparaissent, se meuvent, disparaissent inexorablement, au rythme de la filiation. Une nouvelle voix en renaît toujours, à la fois désenchantée et désirante.



BASTIEN GALLET
est né à Paris en 1971 et y vit. Il a enseigné la philosophie à l’Université de Metz. Il est l’un des codirecteurs des éditions Musica Falsa (MF). Il a été de 1999 à 2004 producteur à France Culture (émissions Voix carrossable, Elektrophonie, Festivités, Le chantier) puis pensionnaire à la villa Médicis (section littérature). Après avoir dirigé le Festival Archipel, à Genève, il fut l’un des commissaires de l’exposition La force de l’art (2006, Grand Palais, Paris). Parmi ses publications, citons :  Le boucher du prince Wen-houei (Éd. MF, 2002) ; des textes dans les deux volumes du collectif Fresh Theorie (Éditions Léo Scheer, 2005 & 2006) ; Anastylose (livre écrit et composé avec Arno Bertina, Ludovic Michaux et Yoan DeRoeck en 2006, Éditions Fage).

(Photo Ludovic Michaux)
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Jeudi 4 janvier 2007
NATHALIE QUINTANE sur remue.net (mise en ligne le 21 janvier 2007) :

Il y a des livres dont on ne se pose pas la question de savoir s’ils sont semi-fictionnels ou auto-quelquechose, simplement parce que le "vécu", s’il y est, ne passe pas sans être impressionné par une manière, sans être redistribué par une machinerie poétique consciente de ses moyens, d’autant plus au point qu’elle est soucieuse, justement, de ce "vécu", et du fait que le mode de réception de ce qui est reçu conditionne la perception de ce qui est reçu.

On pourrait dire d’Une longue forme complètement rouge, de Bastien Gallet, qu’il est un livre coupé/relancé, que le lecteur, pris dans ces coupes et ces relances, épouse un mouvement fait de ressac et de reflux, si bien qu’il ne peut dire, au final, qu’il vient de lire un roman parlant de la mort des proches (la mort de la mère, la mort d’un grand-père) - Une longue forme complètement rouge Jeudi 9 mai. Lever 9 heures. R.A.S. Je m’embête. Je touche comme ss/off. Adjoint le sergent Boillod. Je crois que ça ira./coupe/le narrateur revit la guerre du grand-père à la première personne/coupe/le narrateur vit et revit sa propre mort - un suicide étrangement rêvé, aérien, et pourtant sûr et concret : " le sol dur mes vertèbres craquaient cassaient ma nuque se rompait ...", et puis tout reprend, revient, se reprend plus que se répète, pour mieux dire la déliaison ou la déprise - ou en tout cas l’incertitude - qui fonde la littérature, puisqu’après tout la narrateur est et n’est pas le grand-père, le narrateur est et n’est pas la mère, le narrateur est et n’est pas lui-même, et que nous, lecteurs, sommes et ne sommes pas, simultanément, le narrateur, la mère et le grand-père. n’est pas un "roman qui parle" -, mais qu’il a perçu le trouble de la mort, le troublé par la mort, l’étrange présence des corps des morts et la curieuse impossibilité de mourir à la première personne. Ce trouble, ou troublé, est par exemple organisé par la circulation des pronoms personnels : le grand-père raconte comment il perdit un bras à la guerre de 14 : " J’étais à l’orée du bois. Pas tout à fait couvert. Je pouvais voir le ciel au-dessus de ma tête... "/coupe/le grand-père agonise à la troisième personne derrière la cloison : " j’étais là quand il a gueulé de l’autre côté de la cloison, j’entends encore sa voix de chef de section de blindés/bondieujesuisentraindecrever/" mais le narrateur ne réagit pas/coupe/Extrait de l’agenda 1914 du grand-père, étique, en gras :

Une longue forme complètement rouge est une aria matérielle et spectrale, un beau livre fragile, une entrée en littérature remarquable.


ALAIN NICOLAS dans L'Humanité du 25 janvier 2007 :
« Au commencement était la ruine »

Premier roman . Comme l’amour de la débâcle, le roman naît du silence et l’espérance du deuil.

« C’est ici que tout commencera. » La ruine d’abord, d’un château familial, qui menace de s’enfoncer dans l’argile de la Champagne sèche. Mais aussi le livre qu’écrit, aujourd’hui, l’enfant qui écoutait jadis son grand-père détailler les causes de la destruction et ses phases prévisibles. La tour, seule partie réellement ancienne, sera séparée du reste du bâtiment par une fissure qui s’élargira irrésistiblement et s’abattra dans la rivière en contrebas. Là commencera non le livre, mais la réelle prise de pouvoir de l’auteur. Le flux de parole prend vraiment son essor au moment où il s’agit de décrire la chute de cet encombrant symbole, en un chapitre où les mots poussent puissamment le récit en avant. Du désastre naît, ou renaît une vie, une langue.

Tout commence et finit avec la guerre.

Dans ce terroir champ de bataille de toute éternité, tout commence et finit avec une guerre. Celle de 1940, « pas drôle du tout », mais encore à ses débuts, au moment où le sous-lieutenant Gallet, chef de section du 10e bataillon de chars de combat, peut écrire dans son agenda « tout va bien », « moral excellent malgré les nouvelles ». Les nouvelles, la mort de sa mère ou l’arrivée des Allemands à Rouen n’entament pas la vitalité du jeune homme. « Je suis heureux », porte son carnet. Fin juillet, pourtant, d’une autre écriture, tremblée, gauche : « On m’ampute le bras droit. » Puis une troisième écriture, qui n’est ni de l’ancienne main droite ni de la nouvelle main gauche. On comprend que c’est celle d’Élizabeth, infirmière pendant la guerre, et aujourd’hui mère du narrateur. C’est au sud des Ardennes, au lieu-dit La Retourne, dans la commune de La-Neuville-en-Tourne-à-Fuy, noms trop parlants pour être inventés, qu’à eu lieu l’engagement avec un groupe de Panzer, et la blessure du jeune soldat dans son Renault R35 flambant neuf. Un « retournement » qui n’est pas seulement de situation, mais aussi qui prend son sens dans ce qui se produit dans le corps même du soldat. La blessure, qui porte au dehors ce qui est caché par la peau, opère une véritable inversion entre intérieur et extérieur. Le blessé, à vif, dévoré par les éclats d’obus, sent chaque centimètre de son corps peser sur la terre, s’exposer à l’air. Il est comme retourné en doigt de gant. Un flot de paroles prendra naissance dans cette situation extrême. Un monologue intérieur riche, précis, inspiré, en contraste avec les notations laconiques du carnet. Tout le livre procède ainsi de la mise en question des possibilités de communiquer, tout en affirmant la puissance du langage. La mort des anciens amoureux, cinquante puis soixante ans plus tard, le montrera. Mais au moment où l’impasse semble être totale, la langue fait renaître une sorte d’espérance. Un serrement de main, quelques mots, les derniers, et c’est le sens de toute une vie qui se transmet avant la fin.

Univers tragique mais pas désespéré.

Les phrases de Salammbô de Flaubert que lit le fils au chevet de sa mère, le récit d’une guerre du temps des Carthaginois résument toutes les guerres du monde et deviennent littéralement la dernière nourriture de l’agonisante. Cet univers tragique n’est pas désespéré. L’amour naît dans l’absurdité de la débâcle, le langage procède de la douleur et du manque, le roman combat victorieusement sa propre impossibilité. Bastien Gallet en fait la démonstration dans ce premier roman complexe et étonnant, où le réalisme le plus méticuleux des itinéraires et de la topographie, la précision des tactiques de blindés et de la chirurgie s’accordent aux intuitions les plus inspirées. La prose de l’auteur passe ainsi de la sécheresse au délire, se gardant de la tentation de l’effet et de la virtuosité avec une efficacité qui montre une réelle maîtrise et nous donne un texte à la hauteur de ses ambitions.

 

Radios (à venir) :

Du jour au lendemain, France Culture, avec Alain Veinstein, diffusion le lundi 26 février à 23h30.

Minuit 10 de Laurent Goumarre le 23 février (en direct), France Culture.

Les Mardis littéraires (spécial « premiers romans »), par Pascale Casanova, France Culture (date de diffusion à préciser).

par laureli publié dans : Presse
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Vendredi 1 septembre 2006
COLD, cyborg littéraire, commence le jour d’après.
Après le sexe, après la drogue, après le langage. Après le froid.

Les Inrockuptibles (n°560, 22 août) : « Un jeune cobaye arrive dans une station polaire pour tester l’OLUFSEN, une substance aux effets désinhibants. Étrange roman d’aventure SF comico-sexuel et quatrième livre de Daniel Foucard, COLD est assurément l’un des textes les plus drôles de cette rentrée littéraire, l’un des plus singuliers aussi. »

Un jeune homme, Lain, arrive sur la station polaire de Byrd avec pour mission secrète de tester un nouveau produit, l’olufsen, censé posséder des vertus désinhibantes et débrider la parole. Se faisant passer pour chimiste, Lain teste le produit sur plusieurs membres du personnel de la base et reporte scrupuleusement les conversations provoquées par le produit. Rapidement, tout se met à tourner autour de la question du sexe. L’atmosphère devient de plus en plus oppressante, paranoïaque. Lain, qui teste à son tour le produit avec de moins en moins de contrôle, finit par fuir la station pour rejoindre celle de Scott appelée aussi Bear Enigma. Si l’ambiance y est très différente de celle de la station de Byrd, le test de Lain, de plus en plus drogué par le produit, s’y déroule de façon chaotique, nous apprenant l’étrange histoire de la station.


COLD est un livre à la fois familier et déroutant. Les sentiments, les dialogues, le déroulement de l’action sont ancrés dans notre imaginaire, projetés dans un futur pensable, d’un exotisme proche. Pourtant, au détour d’une inflexion, d’un détail, d’une réaction, la banquise glisse avec le récit vers un débordement de la forme et du sens : le désir sous la glace, l’oisiveté derrière les activités scientifiques affichées, le rire inopiné…


DANIEL FOUCARD développe des OVNIS littéraires, des formes toujours hybrides. Une écriture romanesque tournée vers la science-fiction aux personnages plus ou moins junkies, plus ou moins monomaniaques, plus ou moins déjantés. COLD, son quatrième livre, créée un univers post-humain où le langage cherche à décoder des sentiments.

par laureli publié dans : Livres parus
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