Bastien Gallet, Une longue forme...

Publié le par laureli

Une longue forme complètement rouge
Bastien Gallet


> En librairie le 5 janvier 2007

Le fils lit des mots devant la mère qui meurt. Le fils fait la guerre dans son char Renault R-35. Le fils saute du toit et meurt. La mère pas encore morte sort de son corps pour se voir mourir. La mère pas encore morte hurle dans son corps. Les mots que le fils lit creusent la mère de l’intérieur. Le grand-père déboule l’escalier en tournant sur lui-même. Le grand-père balance des obus avec son corps de métal. La grand-mère regarde le corps qui n’est pas là sur le lit blanc. La grand-mère voit des hommes rouges et bleus fleur au fusil partir crever dans les tranchées. Le char Renault laboure la Champagne crayeuse décor de la bataille. Le 10ème Bataillon de Chars de Combat fonce vers la Neuville-en-Tourne-à-Fuy. Le fils se défenestre et meurt. La mère pas encore morte suce les pensées des visiteurs. La grand-mère grimpe et dévale les escaliers à la recherche du gisant. Le grand-père couvert de métal est étendu dans le champ sous le ciel. Ils crient. Ils jouissent. Ils attendent que la mort vienne.

    Un jeune homme est confronté au coma irréversible de sa mère, puis à la mort subite de son grand-père, qui, dans sa jeunesse, avait réchappé de la guerre, en y laissant son bras droit. Ces deux deuils successifs qui bouleversent sa vie lui donnent voix pour reconstruire l’histoire familiale, bribes par bribes, avec tendresse et délicatesse :

    Le château familial, qui porte tous les stigmates de l’histoire, des révolutions successives. Un château prêt à s’enfoncer dans un sol argileux et à y enterrer ses secrets. La rencontre de ses grands-parents pendant la guerre de 14. Son grand-père, conducteur de char, avait été mutilé, soigné dans un hôpital où il rencontra sa future femme, infirmière. Leur histoire d’amour se tisse au milieu d’une guerre absurde dont le texte fait écho, narrant des batailles, citant Salammbô de Gustave Flaubert, en refrain obsédant.

    Ce roman familial fait écho à nos propres deuils, à nos propres douleurs, à travers une esthétisation précieuse. Il fait résonner la sensibilité sans pathos ni excès, laissant l’écriture apparaître au moment du manque pour mieux célébrer la mémoire, l’enfance.

    Avec une langue d’un baroque minimal, Bastien Gallet interroge les sentiments, lève le voile d’une histoire d’amour et de mort symbolisant la vie même. Dans ce roman, les existences apparaissent, se meuvent, disparaissent inexorablement, au rythme de la filiation. Une nouvelle voix en renaît toujours, à la fois désenchantée et désirante.



BASTIEN GALLET
est né à Paris en 1971 et y vit. Il a enseigné la philosophie à l’Université de Metz. Il est l’un des codirecteurs des éditions Musica Falsa (MF). Il a été de 1999 à 2004 producteur à France Culture (émissions Voix carrossable, Elektrophonie, Festivités, Le chantier) puis pensionnaire à la villa Médicis (section littérature). Après avoir dirigé le Festival Archipel, à Genève, il fut l’un des commissaires de l’exposition La force de l’art (2006, Grand Palais, Paris). Parmi ses publications, citons :  Le boucher du prince Wen-houei (Éd. MF, 2002) ; des textes dans les deux volumes du collectif Fresh Theorie (Éditions Léo Scheer, 2005 & 2006) ; Anastylose (livre écrit et composé avec Arno Bertina, Ludovic Michaux et Yoan DeRoeck en 2006, Éditions Fage).

(Photo Ludovic Michaux)

Publié dans Livres parus

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