« La littérature vivante, pour moi, pour le moment, c’est Hélène Bessette, personne d'autre en France. » Marguerite Duras « Un des auteurs les plus originaux de ce temps. Enfin du nouveau. » Raymond Queneau
Hélène Bessette met en scène avec humour et cruauté des personnages torturés par leur propre existence dont la vie n’a de consistance qu’en tant qu’ils s’agitent, s’opposent, provoquent le scandale. Portier grincheux, soubrette insatisfaite de sa condition, actrice en pleine ascension mais pas encore célèbre, fils de famille sur le retour, bourgeoise entretenue, noble déchu, chacun se retrouve enfermé dans sa propre vie à double tour sans cesse resserré par le temps qui passe dans le mensonge et la compromission. La société se mue en un asile de fous qui ne dit pas son nom. Dans le « bonheur » d’une nuit particulière, une ambiance feutrée propre à la confession, aux crises, aux disputes, aux réconciliations… tout vole en éclat. Et Monsieur de tenter de quitter Madame, sans même savoir laquelle et pourquoi. Ni à quel saint se vouer. Et l’actrice de choisir sa proie. Et d’en changer. Et les serviteurs de commenter à perdre haleine. Et le lecteur de se délecter de ce flot de paroles bruissant, vivant, incarné, et d’y projeter sa propre vie… Mais le héros ne se démasque qu’au final : l’argent, toujours l’argent qui fait tourner le monde
…
Hélène Bessette (1918-2000) est un écrivain majeur, ayant publié douze romans aux Éditions Gallimard. Soutenue à l’époque par les plus grands noms de l’art et de la littérature française, deux de ses livres ont été inscrits sur les listes du Goncourt (où elle reçut des voix) et du Femina. Oubli inexplicable de notre histoire littéraire, Hélène Bessette bénéficie aujourd’hui d’un engouement sensible, alors que son œuvre n’est plus disponible.
© Photo : famille Brabant.
Par laureli
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Vendredi 1 septembre 2006
COLD, cyborg littéraire, commence le jour d’après.
Après le sexe, après la drogue, après le langage. Après le froid.
Les Inrockuptibles (n°560, 22 août) : « Un jeune cobaye arrive dans une station polaire pour tester l’OLUFSEN, une substance aux effets désinhibants. Étrange roman d’aventure SF comico-sexuel et quatrième livre de Daniel Foucard, COLD est assurément l’un des textes les plus drôles de cette rentrée littéraire, l’un des plus singuliers aussi. »
Un jeune homme, Lain, arrive sur la station polaire de Byrd avec pour mission secrète de tester un nouveau produit, l’olufsen, censé posséder des vertus désinhibantes et débrider la parole. Se faisant passer pour chimiste, Lain teste le produit sur plusieurs membres du personnel de la base et reporte scrupuleusement les conversations provoquées par le produit. Rapidement, tout se met à tourner autour de la question du sexe. L’atmosphère devient de plus en plus oppressante, paranoïaque. Lain, qui teste à son tour le produit avec de moins en moins de contrôle, finit par fuir la station pour rejoindre celle de Scott appelée aussi Bear Enigma. Si l’ambiance y est très différente de celle de la station de Byrd, le test de Lain, de plus en plus drogué par le produit, s’y déroule de façon chaotique, nous apprenant l’étrange histoire de la station.
COLD est un livre à la fois familier et déroutant. Les sentiments, les dialogues, le déroulement de l’action sont ancrés dans notre imaginaire, projetés dans un futur pensable, d’un exotisme proche. Pourtant, au détour d’une inflexion, d’un détail, d’une réaction, la banquise glisse avec le récit vers un débordement de la forme et du sens : le désir sous la glace, l’oisiveté derrière les activités scientifiques affichées, le rire inopiné…
DANIEL FOUCARD développe des OVNIS littéraires, des formes toujours hybrides. Une écriture romanesque tournée vers la science-fiction aux personnages plus ou moins junkies, plus ou moins monomaniaques, plus ou moins déjantés. COLD, son quatrième livre, créée un univers post-humain où le langage cherche à décoder des sentiments.
Par laureli
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Sinon
Béatrice Cussol
> En librairie le 26 janvier 2007
Quand Sally rencontre Sally…
Un roman d’amour à la fois sensuel et onirique, entre filles.
Une serveuse drague des filles entre deux services. Une cow-girl est bien trop sexie et hardie. Une mère s’inquiète pour la santé de son enfant à naître. Diane est trop blonde, sort trop tard le soir. L’auto-stoppeuse hésite. Lola la poule est une sale gosse qui vénère ses chaussures. Et Béatrix écrit les amours de sa vie en ne sachant jamais trop quoi penser de son corps que son regard déforme…
Dans ce roman au charme fascinant, Béatrice Cussol entrecroise les histoires d’icônes féminines, héroïnes ou anti-héroïnes désirantes, excessives, à travers le prisme d’une langue ciselée, d’un baroque délicat. On entre dans un rêve où le désir règne en maître, où la réalité se confond avec les fictions collectives. Ainsi, les deux héroïnes de Mulholland Drive de David Lynch apparaissent-elles avec leur énigme et leur passion, tout comme un couple de meurtrières tragiquement célèbre : Pauline Parker & Juliet Holmes (ayant été adapté au cinéma par Peter Jackon sous le titre Créatures célestes). Des ambiances cinématographiques intenses et feutrées, en réminiscences obsédantes. On distingue aussi la silhouette de Marilyn Monroe ainsi que les tribulations drôlement incarnées des Vixens de Russ Meyer… La femme, fille, mère, amante, rencontre, souvenir, est un corps rempli d’affects, lancé dans le monde en quête d’aventures dont elle est tour à tour maîtresse ou victime. Avec tendresse et cruauté, l’auteure manipule ses personnages-marionettes, nous faisant découvrir leur intériorité comme une petite fille déshabillerait ses poupées, avec un sourire angélique et sadique.
Faisant appel à l’imaginaire du lecteur, le sollicitant à travers une esthétique qui n’appartient qu’à elle, Béatrice Cussol crée un roman magnétique. Chaque phrase y constitue un univers à part entière, multipliant les bifurcations narratives, dans la tradition d’un Borges. Transgenre et agénérique, ce roman est avant tout un rêve littéraire à explorer sans retenue.
BEATRICE CUSSOL est née en 1970 à Toulouse. Après avoir étudié à l’École des Beaux-Arts de Nice, elle vit et travaille à présent à Paris, en donnant des cours à l’École des Beaux-Arts de Rouen. Sinon est son troisième roman après Merci (Balland, 2000) et Pompon (Balland, 2001). Un autre livre paru en novembre 2006, Je hais les dormeurs de Violette Leduc avec des dessins de Béatrice Cussol (Éditions du chemin de fer). Artiste, elle exposera en 2007 à Nice (Mamac) et New York (Brooklyn Museum, Envoy Gallery).
Par laureli
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