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Livres parus

Vendredi 25 août 2006
« La littérature vivante, pour moi, pour le moment, c’est Hélène Bessette, personne d'autre en France. » Marguerite Duras « Un des auteurs les plus originaux de ce temps. Enfin du nouveau. » Raymond Queneau

Hélène Bessette met en scène avec humour et cruauté des personnages torturés par leur propre existence dont la vie n’a de consistance qu’en tant qu’ils s’agitent, s’opposent, provoquent le scandale. Portier grincheux, soubrette insatisfaite de sa condition, actrice en pleine ascension mais pas encore célèbre, fils de famille sur le retour, bourgeoise entretenue, noble déchu, chacun se retrouve enfermé dans sa propre vie à double tour sans cesse resserré par le temps qui passe dans le mensonge et la compromission. La société se mue en un asile de fous qui ne dit pas son nom. Dans le « bonheur » d’une nuit particulière, une ambiance feutrée propre à la confession, aux crises, aux disputes, aux réconciliations… tout vole en éclat. Et Monsieur de tenter de quitter Madame, sans même savoir laquelle et pourquoi. Ni à quel saint se vouer. Et l’actrice de choisir sa proie. Et d’en changer. Et les serviteurs de commenter à perdre haleine. Et le lecteur de se délecter de ce flot de paroles bruissant, vivant, incarné, et d’y projeter sa propre vie… Mais le héros ne se démasque qu’au final : l’argent, toujours l’argent qui fait tourner le monde

Hélène Bessette (1918-2000) est un écrivain majeur, ayant publié douze romans aux Éditions Gallimard. Soutenue à l’époque par les plus grands noms de l’art et de la littérature française, deux de ses livres ont été inscrits sur les listes du Goncourt (où elle reçut des voix) et du Femina. Oubli inexplicable de notre histoire littéraire, Hélène Bessette bénéficie aujourd’hui d’un engouement sensible, alors que son œuvre n’est plus disponible.

© Photo : famille Brabant.
Par laureli
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Vendredi 1 septembre 2006
COLD, cyborg littéraire, commence le jour d’après.
Après le sexe, après la drogue, après le langage. Après le froid.

Les Inrockuptibles (n°560, 22 août) : « Un jeune cobaye arrive dans une station polaire pour tester l’OLUFSEN, une substance aux effets désinhibants. Étrange roman d’aventure SF comico-sexuel et quatrième livre de Daniel Foucard, COLD est assurément l’un des textes les plus drôles de cette rentrée littéraire, l’un des plus singuliers aussi. »

Un jeune homme, Lain, arrive sur la station polaire de Byrd avec pour mission secrète de tester un nouveau produit, l’olufsen, censé posséder des vertus désinhibantes et débrider la parole. Se faisant passer pour chimiste, Lain teste le produit sur plusieurs membres du personnel de la base et reporte scrupuleusement les conversations provoquées par le produit. Rapidement, tout se met à tourner autour de la question du sexe. L’atmosphère devient de plus en plus oppressante, paranoïaque. Lain, qui teste à son tour le produit avec de moins en moins de contrôle, finit par fuir la station pour rejoindre celle de Scott appelée aussi Bear Enigma. Si l’ambiance y est très différente de celle de la station de Byrd, le test de Lain, de plus en plus drogué par le produit, s’y déroule de façon chaotique, nous apprenant l’étrange histoire de la station.


COLD est un livre à la fois familier et déroutant. Les sentiments, les dialogues, le déroulement de l’action sont ancrés dans notre imaginaire, projetés dans un futur pensable, d’un exotisme proche. Pourtant, au détour d’une inflexion, d’un détail, d’une réaction, la banquise glisse avec le récit vers un débordement de la forme et du sens : le désir sous la glace, l’oisiveté derrière les activités scientifiques affichées, le rire inopiné…


DANIEL FOUCARD développe des OVNIS littéraires, des formes toujours hybrides. Une écriture romanesque tournée vers la science-fiction aux personnages plus ou moins junkies, plus ou moins monomaniaques, plus ou moins déjantés. COLD, son quatrième livre, créée un univers post-humain où le langage cherche à décoder des sentiments.

Par laureli
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Vendredi 5 janvier 2007
Une longue forme complètement rouge
Bastien Gallet


> En librairie le 5 janvier 2007

Le fils lit des mots devant la mère qui meurt. Le fils fait la guerre dans son char Renault R-35. Le fils saute du toit et meurt. La mère pas encore morte sort de son corps pour se voir mourir. La mère pas encore morte hurle dans son corps. Les mots que le fils lit creusent la mère de l’intérieur. Le grand-père déboule l’escalier en tournant sur lui-même. Le grand-père balance des obus avec son corps de métal. La grand-mère regarde le corps qui n’est pas là sur le lit blanc. La grand-mère voit des hommes rouges et bleus fleur au fusil partir crever dans les tranchées. Le char Renault laboure la Champagne crayeuse décor de la bataille. Le 10ème Bataillon de Chars de Combat fonce vers la Neuville-en-Tourne-à-Fuy. Le fils se défenestre et meurt. La mère pas encore morte suce les pensées des visiteurs. La grand-mère grimpe et dévale les escaliers à la recherche du gisant. Le grand-père couvert de métal est étendu dans le champ sous le ciel. Ils crient. Ils jouissent. Ils attendent que la mort vienne.

    Un jeune homme est confronté au coma irréversible de sa mère, puis à la mort subite de son grand-père, qui, dans sa jeunesse, avait réchappé de la guerre, en y laissant son bras droit. Ces deux deuils successifs qui bouleversent sa vie lui donnent voix pour reconstruire l’histoire familiale, bribes par bribes, avec tendresse et délicatesse :

    Le château familial, qui porte tous les stigmates de l’histoire, des révolutions successives. Un château prêt à s’enfoncer dans un sol argileux et à y enterrer ses secrets. La rencontre de ses grands-parents pendant la guerre de 14. Son grand-père, conducteur de char, avait été mutilé, soigné dans un hôpital où il rencontra sa future femme, infirmière. Leur histoire d’amour se tisse au milieu d’une guerre absurde dont le texte fait écho, narrant des batailles, citant Salammbô de Gustave Flaubert, en refrain obsédant.

    Ce roman familial fait écho à nos propres deuils, à nos propres douleurs, à travers une esthétisation précieuse. Il fait résonner la sensibilité sans pathos ni excès, laissant l’écriture apparaître au moment du manque pour mieux célébrer la mémoire, l’enfance.

    Avec une langue d’un baroque minimal, Bastien Gallet interroge les sentiments, lève le voile d’une histoire d’amour et de mort symbolisant la vie même. Dans ce roman, les existences apparaissent, se meuvent, disparaissent inexorablement, au rythme de la filiation. Une nouvelle voix en renaît toujours, à la fois désenchantée et désirante.



BASTIEN GALLET
est né à Paris en 1971 et y vit. Il a enseigné la philosophie à l’Université de Metz. Il est l’un des codirecteurs des éditions Musica Falsa (MF). Il a été de 1999 à 2004 producteur à France Culture (émissions Voix carrossable, Elektrophonie, Festivités, Le chantier) puis pensionnaire à la villa Médicis (section littérature). Après avoir dirigé le Festival Archipel, à Genève, il fut l’un des commissaires de l’exposition La force de l’art (2006, Grand Palais, Paris). Parmi ses publications, citons :  Le boucher du prince Wen-houei (Éd. MF, 2002) ; des textes dans les deux volumes du collectif Fresh Theorie (Éditions Léo Scheer, 2005 & 2006) ; Anastylose (livre écrit et composé avec Arno Bertina, Ludovic Michaux et Yoan DeRoeck en 2006, Éditions Fage).

(Photo Ludovic Michaux)
Par laureli
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Vendredi 26 janvier 2007
Sinon
Béatrice Cussol

> En librairie le 26 janvier 2007


Quand Sally rencontre Sally…
Un roman d’amour à la fois sensuel et onirique, entre filles.

    Une serveuse drague des filles entre deux services. Une cow-girl est bien trop sexie et hardie. Une mère s’inquiète pour la santé de son enfant à naître. Diane est trop blonde, sort trop tard le soir. L’auto-stoppeuse hésite. Lola la poule est une sale gosse qui vénère ses chaussures. Et Béatrix écrit les amours de sa vie en ne sachant jamais trop quoi penser de son corps que son regard déforme…

    Dans ce roman au charme fascinant, Béatrice Cussol entrecroise les histoires d’icônes féminines, héroïnes ou anti-héroïnes désirantes, excessives, à travers le prisme d’une langue ciselée, d’un baroque délicat. On entre dans un rêve où le désir règne en maître, où la réalité se confond avec les fictions collectives. Ainsi, les deux héroïnes de Mulholland Drive de David Lynch apparaissent-elles avec leur énigme et leur passion, tout comme un couple de meurtrières tragiquement célèbre : Pauline Parker & Juliet Holmes (ayant été adapté au cinéma par Peter Jackon sous le titre Créatures célestes). Des ambiances cinématographiques intenses et feutrées, en réminiscences obsédantes. On distingue aussi la silhouette de Marilyn Monroe ainsi que les tribulations drôlement incarnées des Vixens de Russ Meyer… La femme, fille, mère, amante, rencontre, souvenir, est un corps rempli d’affects, lancé dans le monde en quête d’aventures dont elle est tour à tour maîtresse ou victime. Avec tendresse et cruauté, l’auteure manipule ses personnages-marionettes, nous faisant découvrir leur intériorité comme une petite fille déshabillerait ses poupées, avec un sourire angélique et sadique.

    Faisant appel à l’imaginaire du lecteur, le sollicitant à travers une esthétique qui n’appartient qu’à elle, Béatrice Cussol crée un roman magnétique. Chaque phrase y constitue un univers à part entière, multipliant les bifurcations narratives, dans la tradition d’un Borges. Transgenre et agénérique, ce roman est avant tout un rêve littéraire à explorer sans retenue.



BEATRICE CUSSOL
est née en 1970 à Toulouse. Après avoir étudié à l’École des Beaux-Arts de Nice, elle vit et travaille à présent à Paris, en donnant des cours à l’École des Beaux-Arts de Rouen. Sinon est son troisième roman après Merci (Balland, 2000) et Pompon (Balland, 2001). Un autre livre paru en novembre 2006, Je hais les dormeurs de Violette Leduc avec des dessins de Béatrice Cussol (Éditions du chemin de fer). Artiste, elle exposera en 2007 à Nice (Mamac) et New York (Brooklyn Museum, Envoy Gallery).
Par laureli
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Vendredi 4 mai 2007
OUESTERN de CLAIRE GUEZENGAR


Premier roman, en librairie le 4 mai 2007

9782-756100845, 15 euros



Quand l’Ouest américain des westerns rencontre l’Ouest français des familles…
ça donne une drôle d’histoire de règlement de compte façon OK Corral, à la fois irrévérencieuse & universelle… et surtout irrésistible.



    Comme vous – sans doute – la narratrice a une famille. Comme dans la vôtre – sans doute – dans cette famille il y a des histoires de famille. Elle a donc choisi de la raconter sous forme de western avec de l’action, des méchants, des gentils, un vol de territoire, un pacte non-respecté.

    Une maison en Bretagne au bord de la mer, lieu de réunion symbolique d’une famille dans laquelle les femmes dominent. La grand-mère prépare sa succession et, ainsi que cela se pratique depuis des générations, décide de léguer la maison à son aînée, la tante de la narratrice. Celle-ci et sa famille sont ainsi chassées d’un lieu qu’elles aiment. Mais si la mère accepte en silence l’humiliation pour tenter d’éviter le conflit familial, la narratrice vit cet exil avec violence et ne tait pas sa révolte, bien au contraire. Elle brise les conventions avec éclat, dans ce texte d’une irrévérence très drôle, d’un mouvement libérateur et jubilatoire qui se transmet au lecteur sans aucune règle de succession.
En miroir de cette histoire, ponctuant le récit, un western en costumes et décors Far West apporte des échos vengeurs, le souffle électrique et loufoque des règlements de compte primaires. Ses personnages, deux cow-boys  de pacotille essaient par tous les moyens d’interpréter le récit et finissent par se confondre peu à peu avec les personnages du roman.

    Ouestern est une histoire mais aussi l’histoire de tout le monde : celle des héritages et des spoliations, des lieux d’enfance que l’on perd avec rage, des rivalités familiales, des drames de succession, de la révolte des enfants désarmés. Dans ce récit au rythme enlevé, Claire Guezengar invente la langue de la colère et de la révolte. La vengeance est un plat qui s’écrit sans fausse pudeur ni modération. Dans la chaleur magnétique d’un western. Et surtout avec beaucoup d’humour.





CLAIRE GUEZENGAR
est née en 1972 à Lesneven (29). Elle vit à Paris et enseigne à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles. Elle travaille régulièrement avec des artistes depuis plusieurs années comme critique d’art et commissaire d’expositions. Publications récentes : « La Blonde Ministérielle », revue Métronome N°9 ; « Arrangements, préparatifs : avant-projet provisoirement définitif », Catalogue Olivier Nottellet, Éditions Analogues.

Par laureli
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Vendredi 4 mai 2007
maternA d'Hélène Bessette


En librairie le 4 mai 2007

9782756100791, 16 euros



maternA est l’un des chef-d’œuvres d’Hélène Bessette, conciliant efficacité du récit et innovation formelle.
Le résultat est un roman sur la cruauté des rapports sociaux,
écrit avec humour et audace.




    maternA avec un « A » capital final car « le A est l’enfance de la vie » écrit l’auteur. Ainsi toutes les héroïnes – il n’y a que des femmes dans cette histoire – portent des noms se terminant en A. Ce détail poétique au sein d’un roman de trame classique symbolise le style d’Hélène Bessette : il interroge la curiosité du lecteur sans troubler ses repères et en exacerbant le plaisir de la lecture.

    Toutes ces femmes, BrittA, GrittA, DjeminA, MonA… travaillent dans une école maternelle. Enfermées, comme emprisonnées dans ce haut lieu de l’éducation, souvent honteuses de déprécier ce métier tant estimé, féminin par excellence (dans le contexte des années 50), leurs rivalités et leurs névroses apparaissent – en même temps que les motifs sous-jacents de leurs actions, leurs stratégies de survie quotidienne – d’un comique désespérée.

    Ainsi découvre-t-on la passion quasi amoureuse de l’une des institutrices pour la directrice, une femme haute en couleurs exaltée par sa mission, tandis qu’une nouvelle venue, ne correspondant pas au moule de ses collègues, se voit publiquement mépriser jusqu’à l’humiliation, ce qui menace à la fois sa carrière et sa vie sentimentale. L’une des intrigues est focalisée sur ce personnage à part, détonnant dans le paysage consensuel, miroir de l’auteur. Parviendra-t-elle à échapper aux griffes de ses collègues aigries, jalouses, ou sera-t-elle broyée par le système ?

    Ce roman, publié pour la première fois en 1954, n’avait jamais été réédité alors qu’il avait élé célébré par la critique – comme en a par ailleurs témoigné la récente publication du Bonheur de la nuit. Les quelques détails d’époque qui donnent, par petites touches, de jolies couleurs rétro à maternA n’en font pas moins une œuvre intemporelle d’Hélène Bessette dont l’art saisit au vif les tourments du cœur humain avec un humour cruel.



HÉLÈNE BESSETTE
(1918-2000) est un écrivain majeur, ayant publié douze romans aux Éditions Gallimard. Soutenue à l’époque par les plus grands noms de l’art et de la littérature française, deux de ses livres ont été inscrits sur les listes du Goncourt (où elle reçut des voix) et du Femina. Oubli inexpliquable de notre histoire littéraire, Hélène Bessette bénéficie depuis la publication du Bonheur de la nuit (laureli-léoscheer, septembre 2006) d’un vif engouement.
Par laureli
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